Le blog

Défroisser les mots

Primel

Je regarde la date du dernier article publié et 6 ans ont passé. Six années cela semble invraisemblable. Et pourtant.

La vie est ainsi, on n’est pas toujours libre de ses choix. Ou plutôt disons que chaque choix vient avec ses conséquences bonnes et moins bonnes.

Mais si j’ai repris le chemin de la terre depuis un moment déjà, je n’étais pas encore prête à reprendre celui du blog. Des images, des mots. Ils me semblaient froissés, recouverts d’une poussière lourde et collante. En dissonance.

Aujourd’hui j’entrouvre à nouveau cette porte.

Et si mes publications resterons probablement espacées, elles existeront comme une facette de moi. Un autre accès possible à mon travail.

Au plaisir donc de se retrouver pour certain(e)s, de se découvrir pour d’autres.

 

 

 

L’Eveil (fin)

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Repousser la peau du dessus…

Prendre conscience de cette seconde peau, qui telle une cage extrêmement discrète, presque fragile au premier abord, nous enferme, nous isole

Risquer. D’ôter cette gangue. La refuser. La déchiqueter au besoin.

Gratter cette peau factice, trop lisse, trop neutre. Incolore.

Laisser surgir la multitude, surprenante, un peu effrayante parfois, les couleurs et les textures de son être. Observer les failles, celles qui révèlent. Les vides qui disent la présence…

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Ne plus hésiter. A être. A vivre. Défier le monde. Dans sa nudité pleine. Sereine.

Pour ne plus jamais laisser l’ombre gagner.

S’éveiller.

 

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L’Eveil (suite)

Eveil Ban

Elle est née peu à peu, comme on s’éveille au monde chaque matin.

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Lentement, elle à dû repousser la nuit, ôter les lambeaux d’autres vies, tenter de trouver qui elle est.

S’éloigner ce que d’autres lui avaient appris, examiner avec soin les contours qu’ils lui avaient dessiné.

Certains mettent plusieurs vies à se chercher. Il est si tentant parfois d’accepter de lisser ses aspérités, de renoncer. Entrer dans un moule. Et attendre.

Elle est née peu à peu. Repoussant les bords du monde.

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C’est…

Orchidée

C’est un regard perdu où perlent les larmes, enseveli dans une foule anonyme et pressée. Et un mari aimant qui doucement, tire sa femme vers une allée plus calme et la rassure.

C’est une grand-mère et son petit-fils traversant la rue en riant, chacun tenant dans une main un carambar entamé, dégusté avec les même gestes. Complicité sucrée et regards rieurs dans la douceur d’une journée de décembre.

C’est cet homme serrant son chien plus tout jeune contre lui, et lui montrant les biscuits prêts à être dévorés, dont on ne saurait dire lequel des deux salive le plus du plaisir anticipé.

C’est le cri strident et excité des enfants devant une patinoire ridiculement minuscule mais qu’importe, le plaisir lui n’est pas limité

C’est le froid tout en douceur, presque calin, qui nous ferait presque oublier les amertumes et les peurs

C’est des images fugaces, impartageables, souvenirs d’instants passés, décolorés.

C’est la pensée vers d’autres sous d’autres cieux, qui cette année entrent dans un nouveau monde

C’est une occasion de plus de dire « Je vous aime » à ceux qui comptent.

C’est un questionnement vers demain, une offre païenne en obole à l’avenir.

L’Eveil

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En un lieu où les sons disparaissent, quelque chose se passe. Dans ce temps où le silence hurle, quelqu’un existe. Au coeur de son âme, quelque chose nait.

Elle a l’âme enneigée. Blanc silence ouaté crissant sous le poids des souvenirs. Elle a l’âme blessée. Failles minuscules aux béances démesurées. Elle a l’âme éveillée. Cliquetis murmurant un demain inachevé.

Horizons

Porcelaine

Je voulais écrire une note sur les lignes d’horizon, ces drôles de lignes que l’on aperçoit sans jamais pouvoir les toucher.

Fixer un cap c’est déterminer un point à l’horizon afin de garder une direction cohérente avec le lieu où l’on souhaite se rendre. D’une certaine manière, on vise l’horizon sans vraiment chercher à l’atteindre.

Mais j’ai toujours voulu atteindre cet horizon. Je veux toucher la ligne, et dans le même temps je souhaite qu’elle m’échappe. Toujours en mouvement, vivante. Libre.

Ces jours ci l’horizon cotoie la ligne du temps et aucun cap ne semble se détacher. Alors j’observe, je guette.

Suspendus

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il y a ces larmes qui dévalent soudainement tels des cailloux fracassant les digues éphémères, les fous rires plus ou moins nerveux, l’humour noir à tendance sanguine (l’orange celle qui est très très méchannnnte).

Il y a la fatigue, les yeux qui se ferment tous seuls, peu importe qui nous parle, ni combien on l’aime, il y a ces nuits où au contraire ils ne se ferment pas, ou peu. Course de neurones peu inspirés par Morphée préférant faire un petit parcours du combattant bien vicieux.

Il y a de drôles de rencontres, faites, à venir, ou imprévues, qui sait.

Il y a a susceptibilité à fleur de peau parce que voilà. C’est trop ou pas assez. Mais c’est surtout là. Maintenant.

Il y a les phrases idiotes, toutes faites, les préfabriqués imbibés d’hypocrisie sociale. Il y les réponses, celles attendues, celles pensées si fort que parfois on en vient à douter de ne pas l’avoir dit à haute voix.

Il y a une infinité de tristesse latente, sourde, et pas tout à fait muette.

Il y a les masques; toujours. Ceux que l’on enfile, un peu à contre cœur, qui collent un peu trop parfois, ils deviennent compliqués à détacher par moment.

II y a le vide. Le silence.

La certitude que seul ce retirement au monde nous permet de surnager.

II y a la vie.

Son fourmillement, ses déceptions, ses espoirs. Ses mesquineries, son ironie.

Il y a l’humour, l’optimisme, la rage d’y arriver. La volonté de passer par dessus.

Par dessus tout. A commencer par soi.

Et puis, il y a tous ces moments suspendus, entre ces instants là.

Lignes d’horizon

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Certains jours on peut juste lever les yeux et regarder vers les lignes d’horizon.

Redite

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Je mets un peu d’ordre, et du coup je relis d’anciennes notes, j’avais écrit cela il y a …6 ans ! Mazette…

Écrire c’est un peu libérer l’autre à chaque mot. Celui qui erre sous notre peau, qui s’infuse d’années en années de sons, de syllabes, de chansons à gratter pour découvrir les notes.

Écrire c’est vivre en décalé le dessus et le dessous.

L’autre

Plusloin

Il y a les masques, ceux que l’on apprend, tels des pas de danse bien orchestrés pour ne pas déranger la partition du monde. Il y a ceux que l’on se créé au fil des ans. Pour se protéger, pour instaurer une salutaire mise à distance entre soi et les autres, entre ses émotions et ce qu’il en parait, entre les pensées et une verbalisation pertinente et maîtrisée.

Car voici l’enjeu, la maîtrise.

Chaque fois que j’admire des danseurs voltiger avec aisance et facilité, je sais que j’admire en fait des heures et des heures de travail, des années de maîtrise. Celle qui permet l’illusion de la legèreté. De l’évidence.

Etre artiste c’est tout à la fois refuser les masques, se dévoiler, aller chercher loin, très loin parfois une part de nous pour l’utiliser tel un terreau improbable. Mais c’est aussi composer avec plusieurs êtres. C’est frôler une forme de shizophrénie volontaire. C’est cohabiter avec soi, et un autre. Sans toujours bien être certain de qui est qui.

C’est parfois perdre la maîtrise. Et ne pas être certain de souhaiter la retrouver.

Dernièrement, grâce à @ondebranche, j’ai découvert ce texte et depuis il me trotte dans la tête…

« Borges and I (translated from the Spanish) by Jorge Luis Borges

It’s to that other one, to Borges, that things happen. I walk through Buenos Aires and I pause, one could say mechanically, to gaze at a vestibule’s arch and its inner door; of Borges I receive news in the mail and I see his name in a list of professors or in some biographical dictionary. I like hourglasses, maps, eighteenth-century typefaces, etymologies, the taste of coffee and the prose of Stevenson; the other shares these preferences, but in a vain kind of way that turns them into an actor’s attributes. It would be an exaggeration to claim that our relationship is hostile; I live, I let myself live so that Borges may write his literature, and this literature justifies me. It poses no great difficulty for me to admit that he has put together some decent passages, yet these passages cannot save me, perhaps because whatsoever is good does not belong to anyone, not even to the other, but to language and tradition. In any case, I am destined to lose all that I am, definitively, and only fleeting moments of myself will be able to live on in the other. Little by little, I continue ceding to him everything, even though I am aware of his perverse tendency to falsify and magnify.

Spinoza understood that all things strive to persevere being; the stone wishes to be eternally a stone and the tiger a tiger. I will endure in Borges, not in myself (if it is that I am someone), but I recognise myself less in his books than in those of many others, or in the well-worn strum of a guitar. Years ago I tried to free myself from him by moving on from the mythologies of the slums to games with time and infinity, but those games are now Borges’ and I will have to conceive of other things. Thus my life is a running away and I lose everything and everything is turned over to oblivion, or to the other.

I do not know which of the two is writing this piece. »

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